Alors que je travaillais au Musée Canadien des Civilisations (MCC) à Ottawa au Canada, j’ai eu l’occasion de prendre en charge cette boite Mi’kmaq traditionnelle en écorce de bouleau, bois de cèdre, racine d’épinette et piquants de porc-épic teints.

Son état très altérée, notamment au niveau du rendu des couleurs, ne m’a pas quitté même après mon retour à Paris et la rédaction de mon mémoire Quillwork : état de l’art, teinture, altération et restauration des piquants de porc-épic.

Fasciné par les nouvelles technologies tout comme par les anciennes, j’ai évidemment suivi avec attention l’arrivée de l’impression 3D grâce à la modélisation 3D. La conservation-restauration de collections ethnographiques dans des institutions muséales étant déontologiquement  très restrictive pour des raisons particulièrement pertinentes – le potentiel informatif de ces objets d’étude étant primordial – je souhaitais trouver une solution qui ne mettrai pas en péril l’intégrité et l’authenticité de ces objets. J’y ai vu un formidable outil pour permettre au public d’apprécier ces objets lacunaires et abîmés dans leur aspect initial présumé. J’ai pris particulièrement de plaisir à découvrir ce nouvel outil et son langage et à entrevoir les incroyables possibilités qu’il pourrait nous offrir dans le domaine de la conservation-restauration, de la recherche, de la scénographie, etc.

C’est ainsi que j’ai décidé de me former en autodidacte au logiciel gratuit de modélisation Blender 3D. Et j’ai choisi cette boite, que j’avais particulièrement aimé restaurer, comme cobaye de ma lubie. Ce travail, entrepris après mon diplôme pendant mes vacances d’été (2012), n’est pas abouti car j’ai par la suite trouvé un emploi de restauratrice pour des antiquaires d’art asiatique. J’espère prochainement trouver à nouveau le temps de continuer mes expérimentations virtuelles et améliorer mes connaissances de ces logiciels innovants.

 

Boite AVANT

Cette boite Mi’kmaq (Nord-amériendienne), vue ici avant restauration, a été fabriquée avec de l’écorce de bouleau (parois et couvercle), du bois de cèdre (fond) puis décorées avec des piquants de porc-épic teints.

 

Les décorations en piquants de porc-épic sont très endommagées structurellement (traces d’usures, lacunes, encrassement, attaques d’insectes kératinophages, etc) mais aussi du point de vue de leur coloration, initialement beaucoup plus vive. Les couleurs, produites ici par des teintures naturelles à base de plantes tinctoriales endogènes ou importées, sont très sensibles à la lumière (photodégradation par les UV). Elles se sont affadies avec le temps et n’ont désormais plus rien à voir avec leur aspect. Les piquants nous apparaissent désormais tels qu’ils étaient avant leur teinture, c’est-à-dire blanc cassé.

 

couvercle Avant**

Couvercle avant restauration

couvercle après**

Couvercle après restauration

 

Une fois la boite nettoyée et consolidée, j’ai observé que sous la couche de poussière et de crasse se trouvaient des couleurs vives s’approchant probablement des couleurs originales des piquants teints.

 

L1030837

Rouge et bleu-violet

L1030829*

Vert sombre (noir) et rouge

 

D’après les indices de couleurs précédemment récoltés, j’ai réalisé une reconstitution virtuelle de l’objet tel qu’il aurait pu être à sa création. Ce travail est en cours de réalisation, c’est la raison pour laquelle il manque encore de nombreux détails. Mon souhait aurait-été d’aller encore plus loin et de produire une impression 3D de l’objet.

 

Reconstitution 3D

Travail en cours : reconstitution virtuelle en 3D d’une boite Mi’kmaq.

Reconstitution 3D

Travail en cours : reconstitution virtuelle en 3D d’une boite Mi’kmaq. Vue décortiquée.